Le mausolée de Sidi Abderrahmane at-Thaâlibî (1384-1476)
La mosquée de Sidi Abderrahmane se situe aux hauteurs de la Casbah d’Alger, plus exactement au 40 rue Mohammed Ben Chennab. Celle-ci est mitoyenne à un petit cimetière du côté Sud baptisé en son nom ; sur le versant Nord se trouve l’école Thaâlibyya servant aujourd’hui d’administration à l’Office national d’enseignement et de formation à distance (Onefd) du Ministère de l’Education nationale.
On peut lire sur le haut de la porte d’entrée du mausolée une première date indiquant la fin des travaux à l’an 1108 de l’Hégire (1696 Apr. J.-C.), et une seconde date mentionnant l’année 1141h. / 1730 ; on peut supposer que la première date correspond à l’ordre du Bey Hadj Ahmed al-‘Atachî (m. 1698) de bâtir le maqam, puisqu’on lui attribue d’avoir surélevé la mosquée et de l’avoir dotée d’un mihrab et d’une salle de prière, et cela près de deux siècles après le décès d’at-Thaâlibî et la construction par ses disciples du premier dôme (1474). La seconde date correspondrait alors à l’ordre du Dey Abdî Bacha (m. 1732) d’y entamer des travaux de restauration.
Le mausolée se compose d’un minaret, d’un étage supérieur et d’un étage inférieur comprenant chacun deux salles ; en plus de la grande salle de prière au milieu de laquelle se trouve le tombeau du Cheikh. Le maqam est recouvert d’un linceul en bois et de deux draps verts. Plusieurs personnalités de l’histoire algérienne reposent aux côtés d’at-Thaâlibî, la plus célèbre étant sans doute le Sayyid Khadar Bacha qui gouverna Alger entre 1592 et 1606 et le Dey Ahmed Bey (m. 1837). Sans oublier les mausolées d’autres saints comme Lalla Aïcha, la fille de Sidi Abderrahmane, auprès de laquelle les Algéroises avaient pour coutume d’emmener les nouveaux nés, Sidi Dada (m. 1554) auquel le récit populaire attribue le mérite d’avoir, en secouant la mer par son bâton, provoqué une tempête qui détruisit à néant les 500 bateaux de la flotte du roi catholique Chales Quint (m. 1553) lors de sa tentative de prise d’Alger en 1541, et le tombeau de Sidi Mansour Ben Salim (m. 1644) dont la dépouille a été déplacé en 1845 de Beb Azzoun.
Le mausolée de Sidi Abderrahmane fait depuis plus de six siècles l’objet de visites ininterrompues des différentes villes du pays. Plus encore : l’influence spirituelle de Sidi Abderrahmane ne s’est pas arrêtée avec ses coreligionnaires ; elle détint même sur certaines personnalités occidentales comme la reine d’Angleterre Victoria (m. 1901) qui, à l’occasion de la visitez de son fils Edouard VII (m. 1910) et de son épouse alexandra (m. 1925) au mausolée, fit don du lustre se trouvant au milieu de la salle de prière; le roi de Suède Oscar Ier (m. 1851), la reine de Portugal Emilie (m. 1951) et le Président Français Alexandre Millerand (m. 1943) qui profitèrent tous de leur venue à Alger pour visiter le tombeau d’at-Thaâlibî. Aura témoigné d’un intérêt plus manifeste pour le mausolée de Sidi Abderrahmane l’essayiste Eugen Flomentin (m. 1876) qui voyait en lui « le dernier refuge de la vie arabe » et la mystique Isabelle Eberhardt (m. 1904) qui le décrivait comme « le plus bel endroit d’Alger pour celui qui cherche la paix. »
Le mausolée de Sidi Abderrahmane a récemment fait l’objet d’un vaste chantier de restauration de la part des autorités publiques algériennes. Les travaux qui ont duré trois années ont abouti à une remise en état des lieux et à une sorte de modernisation de l’infrastructure. Le site a été réouvert aux visites à partir de la rentrée 2023.



